The Whale

When I was diagnosed breast cancer, I went through a difficult time. My family and friends - in their despair - would say that it could have been worse. This made me feel alone to cope with my anxieties.

I called my friend Camille Farge.
We had had this plan to write a song together before cancer, and I told her on the phone that the moment had come. I asked her what I should do? 

"Write the lyrics of the refrain, sing them and I will write the melody, and you the verses. "

You can follow Camille on her website :

Listen to her music on her soundcloud : 

Or buy her new CD "Inassouvie" on the mainstream platforms

IMG_0565.jpg
IMG_0565 copy.jpg

I wrote the song that accompanied me through the treatments and recovery of cancer.

We were lucky to meet Yaron that recorded it in an improvised studio in Flores.

It is part of the CD of the Colectivo Florentino. 

I share a chapter of my book that describes this process (in French) .
And also a preview of the song that can be bought with the CD on the mainstream platforms.

Chapitre 12

Camille 

 

Dans mon rêve je me revois dans la cabine de Camille, sur le Rara Avis. Intriguée par le fait que je n’ai plus de relation intime depuis plus de dix ans, elle me propose de me faire un massage énergétique pour chercher d’éventuels blocages. Le massage terminé, nous papotons, moi allongée, elle assise au bord de son lit. Elle s’étonne du fait que mon deuxième chakra, celui lié à la sexualité, soit aussi actif et vivant. Son attention maternelle me touche, tout comme son envie de m’aider. 

« Paradoxalement, je ne sens pas une frustration ni un manque, lui dis-je. Je sens que je canalise toute ma libido dans ma créativité. Je déborde d’idées et passe mon temps à observer la nature, les personnes qui m’entourent, les lieux que je traverse, avec l’envie de trouver la meilleure manière de les fixer dans une œuvre. 

- Mais c’est ça, le deuxième chakra est aussi celui de la créativité ! C’est cette créativité qui te permet de t’épanouir comme femme », s’exclame-t-elle avec son regard pétillant. 

J’aime son approche authentique du corps. Du langage du corps et de ma peinture, nous passons à celui de la musique. Autodidacte, elle écrit les paroles de ses chansons et les met en musique. Elle s’inspire de ce qu’elle vit et ressent, et donne une voix à ses expériences de vie et aux émotions qui y sont liées. La force qui se dégage de ses compositions transmet le travail intérieur qui en est à l’origine. 

Je me réveille de ce rêve en me disant qu’il contient un message. C’est ça, il faut donner une voix à cette partie de moi qui crie ! Je vais écrire une chanson !  Toute excitée, j’appelle Camille. 

« Camille, tu te souviens que je t’avais dit que je voulais un jour écrire une chanson avec toi ? Là, je crois que c’est le moment. Est-ce que tu acceptes de composer une chanson sur ce qui m’arrive en ce moment ? Qu’est-ce que je dois faire ? » 

Il ne lui faut pas une seconde pour me répondre.

« Écris les paroles du refrain et fredonne la mélodie qui l’accompagnera. J’écris la mélodie et nous l’enregistrerons avec le Regazèle James band. Vas-y, mets-toi au travail ! » 

Je me sens portée par son enthousiasme et sa fraîcheur. Je raccroche et me mets à écrire, en murmurant « il faut que je passe à travers ». Et là, je me rends compte qu’en anglais just going through[1] est un bon début de refrain. En continuant à poser sur papier ce qui me passe par la tête, je réalise que just going through peut aussi se prononcer just going true [2]en anglais. Je m’étonne du fait que chercher des paroles m’amuse autant et que cela me donne des réponses aux questions que j’ai posées à la maladie. Et oui, il me suffit d’être vraie.Je chantonne le refrain qui s’est écrit de lui-même :

 

Just goin’ true

True to myself 

True to the others

Just goin’ true

 

And being true

True to myself

True to the others

I’ll fulfill my dreams ![3]

 

Je l’enregistre et l’envoie à Camille. Me concentrer sur la chanson me fait oublier que l’heure de la première chimiothérapie approche. Lors deleur répétition suivante, le Regazèle James band enregistre la chanson. Camille chante et joue de la guitare, Régis est à la clarinette, Jamie se joint au refrain et accompagne au ukulélé. Je suis émue quand j’écoute leur enregistrement, la musique est joyeuse et entraînante. Camille a mis tout son cœur à écrire la mélodie, elle me donne envie de danser.

Et puis, par une belle journée d’été, arrive le jour de la première chimiothérapie. Après notre rendez-vous, l’oncologue me présente les infirmières et m’invite à choisir une place. Je vais tout au fond de la salle, où je ne vois pas le reste des patients et où j’ai vue sur l’extérieur. Erik m’accompagne. Je lui suis reconnaissante de vouloir absolument être là. Il me fait rire, va me chercher un café et toutes les revues sur la voile qu’il trouve dans la librairie de l’hôpital. Je fredonne ma chanson en devenir quand je reçois le premier traitement. Je ferme les yeux. Jusqu’ici, tout va bien. Je me rappelle ce film où Mathieu Kassovitz se répétait cette phrase, alors qu’il s’était jeté d’un HLM. I’m just goin’ through ![4]est mon mantra plus positif du jour. Ouf, c’est fini pour aujourd’hui. 

Quand je rentre chez moi, le couperet tombe en un coup sur mon corps. Le produit commence à faire effet. Tout tourne dans ma tête, j’ai envie de me coucher. Erik est inquiet de me voir ainsi, car il sait que je fais tout pour qu’il ne se rende pas compte que je ne me sens pas très bien. « J’annule ma semaine de navigation sur Giulia avec mes amis ! » s’écrie-t-il, effrayé de me voir ainsi. Même si cela me fait mal au cœur de le voir larguer les amarres avec Giulia sans moi, il a aussi besoin de vacances. Je lui suis très reconnaissante d’être à mes côtés depuis le début, il y a un mois et demi. Je me sens égoïste de le retenir, consciente qu’il a besoin de prendre de la distance. « Non, non, ne t’en fais pas, je vais me coucher et demain tout ira bien », lui réponds-je. Dans le lit, je suis prise de nausées et me sens lourde. Je m’endors. Quand je me réveille, je vais mieux. Je me lève et ai de nouveau des vertiges. L’oncologue m’avait conseillé de me reposer. Je vais me recoucher et me sens encore moins bien. Tout à coup, je pense au mal de mer en navigation et à ma promesse à Erik que tout ira bien, pour qu’il parte l’esprit tranquille. Les pensées s’entrechoquent dans ma tête : En mer, quand j’ai le mal de mer, je bouge et cherche à focaliser mon attention sur la navigation. Que fais-je alors au lit à me laisser aller comme cela ? Non, je vais faire du vélo, bouger accélérera l’élimination des produits toxiques de mon corps ! Sur ce, Erik m’appelle pour voir comment je vais « Je vais faire du vélo et aller au magasin d’accastillage chercher les pièces qui te manquaient pour Giulia », lui dis-je. Je m’habille et enfourche mon vélo. Je reprends mes esprits en pédalant lentement et en happant l’air tiède. Je roule très lentement, m’arrêtant dès que je sens mes forces faiblir. De retour chez moi, je vais beaucoup mieux et arbore un grand sourire de soulagement. C’était la meilleure chose que je pouvais faire. Les jours suivants, nous préparons Giuliaà sa première grande traversée vers l’Angleterre. Me focaliser sur le voyage reste la meilleure thérapie pour moi. Les vertiges s’estompent en un clin d’œil. 

Giulia et son équipage en mer, je vais me promener en forêt. Je rencontre une biche, qui me regarde longuement et ne paraît pas effrayée de ma présence. J’aime ce contact avec les animaux. Le regard doux de cette mère épanche ma tristesse de ne pas être en mer avec Erik. Je repense à ma chanson, à la rencontre avec la baleine sur le Rara Avis,et à la place que ces mammifères ont dans ma vie depuis lors. Écrire une chanson sur ma rencontre avec cette baleine devient une évidence. Les paroles se déroulent dans ma tête, en comptant les temps, en fredonnant la mélodie, jour après jour, jusqu’à ce qu’elle prenne vie.

 

While crossing the ocean,

I met a whale

She looked at me

And dove again.

 

Brought she a message

I didn’t know

She looked as deeply

And disappeared.

 

(refrain)

 

Back on the dryland

I forgot her

And she came back

In a long dream

 

Frightening me

I got scared

She made me cry 

And think over.

 

(refrain)

 

Remembering the sea

I talked to her

She took me back 

On the journey.

 

We dove the Ocean

I travelled with her

She opened my eyes 

To a new world

 

(refrain)

 

Her message became clear

I thanked her

For all the beauties

She’d shared with me.

 

And now I am going through

To a new world

To be my dreams

I am going through.[5]

 

Quand je pose mon stylo, je suis apaisée. Je me sens portée par la baleine, elle m’insuffle son énergie. Passer du monde de l’hôpital à l’océan a eu un effet transformateur. La métaphore du plongeon au plus profond de l’océan résonne avec ce que je ressens intuitivement que la maladie m’apporte. Je commence à devenir actrice de ma vie et ne subis plus le cancer. J’ai envie d’écouter cette partie de moi qui crie, ma féminité enfouie dans le nodule qui vient d’éclater et de libérer son énergie vitale. Cette idée est paradoxale, et à la fois, j’y trouve un sens. Me revient alors à l’esprit un autre désir, celui que Mélanie, mon amie photographe, fasse des portraits de moi. Je l’appelle pour le lui demander. Elle est émue de ma demande. Je veux qu’elle fixe sur la pellicule la transformation de mon corps durant les mois, et qui sait, les années qui suivront. Elle se sent privilégiée de me suivre au creux de mon intimité, et moi à la fois heureuse et craintive de dévoiler ma nudité au monde.

 

 

 

 

[1]Juste passer à travers.

[2]Juste être vraie.

[3]Voir traduction en annexe.

[4]Je passe juste à travers !

[5]Voir traduction en annexe